Les figures iconoclastes
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Si le portrait était une empreinte de la Sainte Face, que serait la « vera icon » ?

Figures iconoclastes 
huile sur toile, 27×35 cm, 2016

 “Alors quand Pilate eut eu livré aux juifs le Seigneur afin de le crucifier, il craignit le ressentiment de Tibère-César pour avoir fait verser le sang innocent, et envoya à César un de ses familiers lui offrir ses excuses. Or, sur ces entrefaites, Tibère souffrait d’une grande maladie; on lui apprit qu’il se trouvait à Jérusalem un médecin qui guérissait toutes sortes de maux, par une seule parole ; mais on ignorait que Pilate et les juifs l’eussent crucifié. Tibère s’adressant à Volusien, un de ses intimes : » Va vite, lui dit-il, outre-mer, et dis à Pilates de m’envoyer ce médecin qui me rendra la santé. » Quand Volusien fut arrivé auprès de Pilate, et lui eut communiqué les ordres de l’empereur, Pilate effrayé demanda un délai de quatorze jours. Dans ce laps de temps, Volusien s’informa auprès d’une dame, nommée Véronique, qui avait été amie avec J.-C., où l’on pourrait trouver le Christ Jésus : Véronique lui dit :  » Ah! c’était mon Seigneur et mon Dieu : trahi par jalousie, il fut condamné à mort par Pilate, qui l’a fait attacher à la croix. » Alors Volusien fut très chagriné ; Je suis bien en peine, lui dit-il, de ne pouvoir exécuter les ordres de mon maître. » Véronique répondit :  » Alors que mon seigneur parcourait le pays en préchant, comme j’était privée, bien malgré moi, de sa présence, je voulus faire exécuter son portrait, afin que lorsqu’il ne me serait plus donné de le voir, je pusse au moins me consoler en regardant son image : alors je portai de la toile au peintre, quand le Seigneur vint au-devant de moi et me demanda où j’allais. Lorsque je lui eus exposé le sujet de ma course, il me demanda la toile, et ma la rendit avec l’empreinte de sa face vénérable. Si donc votre maître regarde avec dévotion les traits de cette image, à l’instant il aura l’avantage de recouvrer la santé.  »
La Légende dorée, Jacques de Voragine, éd. Garnier-Flammarion, 1967, p.267. 

 

 

© Christelle Guillet 2015